Syndicats 1/2 : LA MÉLANCOLIE SYNDICALE DES FEMMES par Michelle Perrot

A l’occasion du 1er mai, journée nationale de manifestation syndicale en France, nous nous sommes posés une question simple : Où sont les femmes sous les banderoles des syndicats ? Car si de plus en plus de femmes sont syndiquées, elles n’arrivent pas jusqu’aux hautes sphères dirigeantes.
La preuve, de tous les grands syndicats français, seuls deux ont nommé une femme à leur tête : la CFDT  en 1992 et la CFE-CGC en 2013.  Et d’après les propres aveux de la dernière,  cette expérience passionnante n’a pas été un long fleuve tranquille !

Carole Couvert, présidente du syndicat CFE-CGC du 1er juin 2013 au 1er juin 2016.

LA BLONDE QUI NE PENSE PAS

C’est ainsi qu’on surnomme amicalement  dès le lancement de sa candidature. Pourtant Carole Couvert, présidente de la CFE-CGC de 2013 à 2016, est dynamique et représente un renouveau incontestable au sein du syndicat. Mais dès le départ, elle n’aura pas été épargnée par ses pairs. Sans “e”.
Et jusqu’au bout de son mandat. Lorsqu’il a fallut renouveler son mandat en juin 2016, des dirigeants de sa fédération ont décidé de ne pas présenter sa candidature à sa propre succession. Selon les statuts de la CFE-CGC, elle devait obligatoirement être adoubée par eux. Elle essaiera de se battre en vain. Peine perdue. Elle devra laisser son poste pour un homme, et tout rentrera dans l’ordre.

PAS DE FEMMES EN TÊTE DE CORTÈGE POUR LES GRANDS SYNDICATS OUVRIERS

Mais si la CDFT (syndicat réputé comme plus réformateur) et la CFE-CGC (syndicat de cadres) ont élu une fois une femme à leur tête, pour les grands syndicats ouvriers en revanche c’est une autre paire de manche.  Sur le siège de patron de la CGT et de FO les hommes se succèdent, de génération après génération.

Alors nous avons voulu savoir pourquoi. Pour cela, nous sommes allés interroger MICHELLE PERROT, véritable bible de l’Histoire des femmes en France, professeur émérite, et historienne du travail des femme, elle est également une grande connaisseuse de l’histoire ouvrière française.  Dans son livre“Mélancolie ouvrière” sorti en 2012, elle nous présentait Lucie Baud, première femme à la tête d’un syndicat dans les années 1902-1906.

 

Pour AXEL.L.E, elle a accepté de nous raconter l’ histoire de cette pionnière. Puis, nous lui avons posé les questions qui nous taraudent pour essayer de comprendre pourquoi, encore aujourd’hui, les femmes syndiquées n’arrivent pas à crever le plafond de verre des hautes instances dirigeantes. Un tête à tête d’une grande qualité.

 

Lucie Baud. Fondatrice d’un syndicat d’ouvrières dans les années 1905.
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