JO 2018 : pourquoi encore tant d’écart de performance entre hommes et femmes dans certaines disciplines?

Des compétitions moins spectaculaires, des sauts moins hauts, moins impressionnants, des figures moins techniques. Il ne faut pas se mentir, dans certaines disciplines, on a pris l’habitude que les épreuves féminines soient moins spectaculaires que les masculines. Si dans certains sports  la différence physique ne fait pas débat et donc les écarts de performance non plus, pour d’autres en revanche, la question se pose. Et devant les JO de Pyenongchang, on se l’est posée. Pourquoi les femmes ne sautent-elles pas sur le grand tremplin au Saut à Ski par exemple? Pourquoi uniquement sur le petit ? Pourquoi n’ont-elles le droit de sauter que depuis les JO de Sotchi en 2014 ? Et en ski freestyle, pourquoi sautent-elles moins haut que les garçons ? En snowboard halfpipe, certains échos du milieu disent même que les meilleures filles (dont la championne olympique 2018) ont le niveau d’un garçon de 13 ans dans le circuit. Nos différences physiques sont-elles  responsables de ces si grandes disparités? Ou d’autres mauvaises habitudes minent-elles encore le sport féminin ?
Nous sommes allés poser la question à 2 championnes : Coline Mattel, médaillée olympique en 2014 au saut à ski, et Coline Ballet-Baz , championne de ski Slopestyle (freestyle).
Leurs réponses diffèrent mais étonnent.

 

Coline Mattel lors de sa médaille de bronze au JO de Sotchi 2014.

Axelle :  Aux Jeux Olympiques, pourquoi les femmes sont-elles cantonnées au petit tremplin dans l’épreuve du Saut à Ski ? 

CM : Selon les arguments officiels, c’est parce qu’il n’y a pas assez de filles de bon niveau à 120 mètres pour ouvrir la discipline aux Jeux. Mais c’est l’histoire du serpent qui se mord la queue ! Car puisque les compétitions internationales ne sont pas ouvertes aux filles sur grand tremplin (excepté en Coupe du Monde mais interdit en Championnat du Monde et aux Jeux) très peu d’entre nous s’entraînent sur ces tremplins ! Or, si demain la discipline était ouverte, il y aurait beaucoup plus d’athlètes à bon niveau car tout le monde veut sauter sur le grand tremplin ! Je ne connais pas une athlète qui ne le souhaite pas ! Tout le monde veut sauter sur le Grand Tremplin ! Notre condition physique ne nous empêche en rien de sauter de si haut !

Axelle : Donc d’après vous, quelle est la vraie raison de ce refus ? 

CM : Les sports spectaculaires sont encore aujourd’hui plus réservés aux hommes qu’aux femmes dans l’imaginaire collectif. Et cette vision est malheureusement trop souvent en vigueur à la Fédération Internationale de Ski (FIS). Il faut rappeler que le saut à ski féminin n’existe en compétition internationale que depuis 2009, et aux JO depuis 2014 seulement ! Avant les femmes n’avaient pas le droit de sauter. La cause ? Ça rendrait stérile ! Evidement c’est totalement faux. Même en 2005, le président de la FIS répétait que “le saut à ski n’était pas adapté aux femmes”.
C’est pareil pour le vol à ski à 200 mètres : interdit aux filles. Sans aucune raison médicale. Car que dans notre sport, la différence de force physique est pallié par la prise d’élan. Les filles ont la barre d’élan plus hautes, ce qui leur permet de prendre plus de vitesse. Car les hommes étant plus lourd, avec une masse musculaire plus importante, ils vont forcément plus loin par nature. Mais dès que l’on relève la barre d’élan, le problème est gommé. Donc non, aucune contre-indication médicale ou scientifique nous empêche de sauter sur le grand tremplin. Seul le frein de la Fédération Internationale de Ski nous en empêche.

 

Coline Mattel aux Jeux de Sotchi en 2014

Axelle : Dans votre sport, il y a t-il d’autres différences de traitement entre les athlètes hommes et femmes ? 

CM : Oui, celle des revenus ! Pour les gains en Coupe du Monde la différence est très significative ! La prime pour les hommes est sur le Top 30. C’est-à-dire que les 30 premiers touchent une prime suivant leurs points. Chez les filles, ce sont seulement les 20 premières qui ont une prime. Et pour les garçons, chaque point vaut 100 francs suisse contre seulement 30 pour les femmes !  Cela veut dire qu’il faut à une athlète féminine 4 Coupes du Monde pour espérer gagner autant qu’un homme en une seule !

Axelle : D’autres épreuves, comme le Combiné Nordique, ne sont toujours pas ouvertes aux femmes aux JO. Le Combiné deviendra féminin en 2022 aux Jeux de Pékin.  Là encore pourquoi si tard ? Les femmes en sont physiquement capables, puisque l’épreuve réunit ski de fond et saut à ski, donc quelle est la raison?

CM : Si le combiné nordique s’ouvre aux femmes aux Jeux, c’est uniquement pour sauver l’épreuve masculine. Car désormais aux Jeux Olympiques, toutes les disciplines doivent être mixtes.  Donc s’ils l’ouvrent aux femmes au prochains Jeux Olympiques, c’est uniquement pour garder l’épreuve masculine !

Axelle : Coline Ballet-Baz, dans le ski freestyle, plus exactement le Slopestyle que vous pratiquez, les athlètes hommes font des figures à double voire triple rotations, chez les femmes le niveau est clairement en deça, pourquoi ?  

CBB : Je ne sais pas vraiment. C’est vrai que dans le freestyle, il est admis par tout le monde que les compétitions féminines ont un niveau bien plus faibles que celles des garçons. On se fait d’ailleurs souvent chambrer là-dessus, même s’il y a une très bonne ambiance entre athlètes, fille et garçons. Et je dois reconnaître que les meilleurs filles sont incapables de rivaliser dans des compétitions masculines. Mais il est vrai que l’on est moins puissantes physiquement, c’est peut-être ça l’explication…Moi même d’ailleurs, je préfère skier avec des gars, même si j’aime bien le faire avec des filles, mais elles sont tellement plus rares !

Axelle : Ces différences de niveau ne viendraient-elles pas du faible nombre d’athlètes filles dans ce sport? 

CBB : C’est vrai que la compétition chez les garçons est très forte. Ils sont environ 100 dans chaque Coupe du Monde, et près d’une cinquantaine de plus pourraient y prétendre. Chez les filles, nous sommes seulement une trentaine en Coupe du Monde. On peut peut-être se permettre d’être plus “moyenne” tout en étant dans le circuit, gagner des compétitions, quand un garçon doit être meilleur que tous les autres pour faire sa place. Peut-être que cela nous pousse moins à élever notre niveau. Même si nous donnons tout à notre sport.

Axelle : Les différences physiques ne seraient donc pas les seules responsables de ces grands écarts de niveau ? Mais plutôt nos cultures qui poussent les garçons à être meilleurs et à pratiquer des sports à risque ? 

CBB :  Les garçons sont plus “tête brulée” depuis toujours. Donc oui il y a plus de garçons dans nos disciplines. Dans les familles, c’est vrai qu’on va encore encourager davantage un garçon à aller skier la tête en bas qu’une fille. Ce qui explique qu’il y ait moins de candidate chez les filles et donc moins de compétition entre nous. Peut-être que l’on se pousse moins à aller toujours plus loin. Mais il y a des filles en ski halpipe incroyables, avec une amplitude dingue comme Marie Martinod, médaillée d’argent en ski à Pyeongchang. J’ai eu l’occasion de m’entrainer avec elle, et je peux vous dire qu’elle déménage cette fille ! Son entrainement c’est vraiment du lourd, elle ne se ménage pas, elle donne tout, se surpasse et assure ! Donc il n’y a pas de règle.

 

Peut-être faudra t-il un jour qu’une fille se révolte et refuse cet état de fait : non, nous ne sommes pas moins douées que les hommes ! Ce jour là, elle fera monter à elle seule le niveau de la compétition, et toutes les autres voudront ensuite l’imiter pour se rapprocher de la meilleure… Qui sait.
Je me rappelle d’un temps où le monde du patinage artistique nous expliquait à tors et à travers que les quadruples sauts étaient très difficiles à réaliser pour les filles (aucune n’en fait encore en compétition à ce jour).
Aujourd’hui, toutes les plus jeunes patineuses le réalisent sans problème.

 

AXELLE

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Sur ce, portez-vous bien et faites du sport !

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