ROLAND-GARROS : QUEL STATUT POUR LES JOUEUSES APRÈS UN CONGÉ MATERNITÉ ?

Au tennis, comme ailleurs, tomber enceinte peut-être très handicapant pour une femme. Pour les meilleures notamment. Considérer comme une absence pour blessure, il n’y a pas de traitement de faveur pour les femmes qui reviennent sur le circuit après un accouchement. Qu’elles soient 3ème mondiale ou 100ème, elles dégringolent au classement et ne sont plus considérées comme “têtes de série” lors des tournois majeurs. Obligées de reprendre tout depuis le début, elles subissent une loi implacable. Alors, juste ou pas juste ? Nous vous expliquons pourquoi et ce qui pourrait changer bientôt. 

A Roland-Garros et sur Google, la tenue de Serena Williams fait bcp parlé… mais nous, nous avons choisi de vous parler d’autre chose.

“CASSE TÊTE ” DE SÉRIE

Une tête de série, dans le jargon du tennis, est une joueuse (nous parlerons exclusivement au féminin aujourd’hui), bien classée au classement mondial WTA.
Lors d’un Grand Chelem comme Roland Garros, les têtes de série font en général parties des 30 meilleures. Mais ça peut être variable.
La numéro 1 mondiale est tête de série n°1, si elle n’est pas là c’est la 2ème du classement qui prend la tête de série n°1. Et ainsi de suite.
Être tête de série dans un grand tournoi vous donne l’avantage de ne pas tomber sur d’autres têtes de série en début de tournoi.Pour faire simple : lors des premiers tours, vous aurez forcément à faire à des joueuses beaucoup moins fortes que vous. ce qui vous permet d’accéder au haut du tableau : quart de final, demie-finale, finale.
Pour les têtes de série 1 et 2, se rencontrer avant la finale n’est pas possible. Tout comme les 3 et 4.  Histoire d’assurer le spectacle. Et oui, une finale Nadal-Federer fait vendre plus de billets et de droits télé que Cilic-Isner.Bon, pour le tennis féminin, guère peut d’affiche aujourd’hui peut se prévaloir d’un tel prestige malheureusement. Excepté une fianale Williams-Sharapova peut-être.

Maria Sharapova et Serena Williams

 

UNE PERTE À PLUS D’UN TITRE

Mais ce bel engrenage des têtes de série se crispe lorsqu’on part pour une maternité.
En moyenne pour une grossesse, les joueuses s’éloignent un an du circuit.
Cette absence est justifiée par le fait qu’enceinte, elles ne pourront pas jouer de matchs très longtemps. Elles quitteront le terrain forcément plus tôt qu’ une secrétaire de direction son bureau.

Et là ça se corse. Car lors de son absence, le tableau du classement va bouger. Et oui, c’est un système à points:  à chaque victoire les joueuses engrangent des points. Plus la victoire est prestigieuse, plus vous avez de points. Mais si vous restez un an sans jouer, à la fin de l’année, vous obtiendrez : 0 point. CQFD.
Et lorsque vous revenez sur le circuit, vous serez donc probablement 245ème mondiale. Si vous avez de la chance.

LE CAS SERENA WILLIAMS : UN EXEMPLE À PLUS D’UN TITRE

Ancienne numéro 1 mondiale, Serena Williams a débuté cette quinzaine parisienne à Roland Garros à la 453 ème place mondiale ! Roland Garros était son premier Grand Chelem depuis l’Open d’Australie 2017 qu’elle a remporté alors qu’elle était enceinte. 
Elle n’ a repris le chemin des courts qu’en mars, soit 6 mois après son accouchement, et n’a joué que 4 matchs avant Roland. Dans les deux tournois qu’elle a disputé avant, elle n’était plus tête de série.

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ROLAND GARROS : TÊTE DE MULE ?

Mais pour le Grand Chelem parisien, beaucoup auraient souhaité que cette grande joueuse de 36 ans, au passé époustouflant, soit considérée à nouveau comme Tête de Série. Malgré son très mauvais classement actuel. Que nenni. La Fédération Française de Tennis s’en est tenue au règlement WTA : pas de tête de série pour Mme Williams.
Tout juste a t-elle bénéficié d’un classement “protégé” qui lui a permis, comme en cas de blessure, de ne pas avoir à jouer les qualifications pour participer au tournoi !
Mais pas plus de traitement de faveur donc. Elle pourrait  rencontrer de grandes rivales dès les tous premiers tours ce qui anéantiraient peut-être ses espoirs de reconquête.

UNE DÉCISION POLÉMIQUE À PLUS D’UN TITRE

La décision de Roland Garros de ne pas mettre Tête de Série une championne aux 39 Titres du Grand Chelem , en choque plus d’un.
Roger Federer, à titre de comparaison, n’a gagné (que) 20 Titres de Grand Chelem a son actif.

Cette attitude ferme de l’organisation de Roland Garros a énervé plus d’un supporter de Serena Williams, à commencer par Ivanka Trump. La fifille chérie de Donald s’en est émue dans un tweet :

Il faut dire que la maternité est sacrée pour la presque première dame américiane qui illustre son compte twitter en posant avec son dernier né.
Il n’empêche. Même dans le monde du tennis, ça coince.
Un an d’absence, 453ème mondiale, et pas d’exception au règlement. Malgré 39 Titres de Grand Chelem dont 3 à Roland-Garros.

Malgré cette décision, le Tournoi parisien n’hésite pas à communiquer sur Twitter sur le retour de “La Reine en son Château”.

 

UNE GROSSESSE : UNE BLESSURE COMME LES AUTRES ?

La maternité dans le Tennis subit les mêmes lois qu’une blessure. Un athlète absent pour blessure peut bénéficier d’un “classement protégé” à son retour (ne pas passer par l’étape de qualification) mais plus de tête de série s’il ou elle descend dans les profondeurs du classement mondial. Or, il ne serait pas juste physiquement de comparer le corps d’une femme qui accouche à un corps de sportif blessé. Rien n’est comparable dans ce statut, ni les conditions d’arrêt, ni les conditions de reprise d’entrainement puisque rien n’a été “blessé”. Rien de comparable, hormis les conditions de retour.

 

UNE NOUVELLE ÈRE POUR DE NOUVEAUX TITRES ?

Si la WTA n’a pas souhaité faire d’exception pour Serena Williams lors de ce Roland Garros 2018,  l’organisation étudie l’éventualité de faire évoluer ses règles pour les jeunes mères de famille. Lesquelles ? Pour l’instant, aucune information…

Alors juste ou pas ?

S’il semble logique qu’une joueuse qui ne joue donc qui n’engrange pas de points tombent dans les abysses du classement, il semble injuste de voir une telle championne s’employer comme à ses débuts pour atteindre un carré final. Pour le seul motif qu’elle a eu un bébé. Surtout si elle a gagné un Grand Chelem juste avant son départ, déjà enceinte!
Mais au fond, pourquoi le traitement devrait favoriser les joueuses les plus fortes ? Quid des joueuses moins brillantes ? Pas de traitement de faveur non plus, même si ne se pose pas pour elles l’épineuse question de la Tête de Série. Vu qu’elles ne l’auront été ni avant ni après leurs grossesses. Ce qui paraît injuste, c’est de devoir prouver à nouveau que l’on est  capable après un accouchement. Comme s’il y avait un avant/après. Mais si c’était vrai ?

Des contre-exemples qui ont marché

Si l’on prend l’exemple de Kim Clijters, c’est faux !
Cette grande joueuse belge que les plus jeunes d’entre nous n’ont peut-être pas connue (allez, un effort les enfants on va sur wikipédia c’est par là) on comprend parfois que, avantagée ou pas, une grande joueuse reste une grande joueuse.
Lors de l’US OPEN 2009, Kim revient sur les cours après une grossesse. Pas de traitement de faveur, juste une invitation. Mais la gagnante de 4 Grands Chelems, n’est plus Tête de Série. Pour autant, elle remportera cet US OPEN. 

Et contre qui je vous le donne en mille ? Et oui, Serena Williams….

 

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